PRIX & DISTINCTIONS

Trois chercheurs récompensés par l'Académie Royale de Médecine



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De gauche à droite : Marie-Julie Nokin, Justine Huart et Grégory Ehx | ©️ GIGA

Marie-Julie Nokin (GIGA Cancer - Laboratoire de Biologie des Tumeurs et Développement), Justine Huart (GIGA Metabolism & Cardiovascular Biology - Laboratoire de Recherche Translationnelle en Néphrologie et CHU - Service de Néphrologie) et Grégory Ehx (GIGA Immunobiology - Laboratoire d'Hématologie) ont été récompensés pour leurs travaux lors de la cérémonie de remise des prix de l'Académie Royale de Médecine ce week-end.

Marie-Julie NOKIN - Prix Henri Fauconnier et Jeanne et Marie François        

Identification de vulnérabilités acquises lors du développement de résistance aux thérapies ciblées dans les adénocarcinomes pulmonaires 

Docteure en sciences biomédicales et pharmaceutiques de l’Université de Liège, Marie-Julie Nokin est première assistante au sein du Laboratoire de Biologie des Tumeurs et du Développement (GIGA-Cancer, ULiège), où elle dirige le groupe de recherche « Résistance et vulnérabilités dans le cancer du poumon ». Ses travaux sur les mécanismes de résistance aux thérapies ciblées dans les adénocarcinomes pulmonaires viennent d’être récompensés par le Prix Henri Fauconnier et Jeanne et Marie François.

Ses recherches se sont concentrées sur deux mutations fréquemment rencontrées dans le cancer du poumon : KRASG12C et BRAFV600E. Dans le premier cas, elle a montré que la résistance aux inhibiteurs de KRAS inactif, comme le sotorasib, peut émerger sans nouvelle mutation mais via une adaptation cellulaire conduisant à l’activation accrue de KRAS. En testant un inhibiteur ciblant spécifiquement KRAS actif (RMC-4998), son équipe a obtenu des résultats prometteurs. Concernant les adénocarcinomes BRAFV600E, traités par l’association dabrafenib/trametinib, elle a mis en évidence deux phases de résistance : un état transitoire de tolérance exploitable par l’induction de ferroptose, suivi d’une résistance génétique où les cellules deviennent sensibles à un stress oxydatif provoqué par les inhibiteurs d’HDAC. Ces travaux, publiés dans Nature Communications et Cell Reports Medicine en 2024, ouvrent la voie à de nouvelles stratégies combinatoires pour prolonger l’efficacité clinique des thérapies ciblées et développer des approches personnalisées.

Justine HUART - Médaille du Prix Alvarenga de Piauhy 2024

Exploration de l'impact du microbiote intestinal et des acides gras à chaîne courte fécaux sur l'homéostasie de la pression artérielle

Justine Huart est chercheuse au Laboratoire de Recherche Translationnelle en Néphrologie de l'ULiège et médecin néphrologue au CHU de Liège. Ses travaux, sur le lien entre microbiote et tension artérielle, effectués dans le cadre de sa thèse de doctorat viennent d’être distingués par la médaille du Prix Alvarenga de Piauhy.

L’hypertension artérielle essentielle est un facteur de risque cardio-vasculaire majeur dont les mécanismes physiopathologiques demeurent largement méconnus. Diverses études suggèrent l’implication du microbiote intestinal (MI) et de métabolites fécaux dans l’homéostasie de la pression artérielle (PA). Dans une première étude, nous avons confirmé cette association entre les niveaux de PA et (i) la composition du MI et (ii) la teneur fécale en métabolites qui en sont dérivés dans une cohorte de 54 hommes soumis à une mesure ambulatoire de PA de 24 heures ainsi qu’à une collecte de selles. Les selles ont été analysées via la technique du séquençage de l’amplicon 16S et via une analyse du métabolome fécal en résonnance magnétique nucléaire. Une corrélation significative entre différentes bactéries appartenant toutes à l’ordre des Clostridiales et les niveaux de PA a été mise en évidence. Une bonne corrélation a également été retrouvée entre ces niveaux de PA et l’entièreté du métabolome fécal. Plus spécifiquement, des niveaux plus élevés des trois acides gras à chaine courte (AGCC) principaux (c-à-d l’acétate, le butyrate et le propionate) ont été mesurés dans les selles des patients hypertendus (HT) par rapport aux contrôles normotendus (NT). Ces AGCC sont produits par le MI dans le tube digestif via la fermentation des hydrates de carbone apportés par l’alimentation. Nous nous sommes ensuite intéressés au profil de la PA nocturne. Lorsque la diminution de celle-ci est insuffisante par rapport aux valeurs diurnes, on parle d’un profil « non-dipping » de la PA et on qualifie ces patients de « non-dippers ». Les non-dippers ont un risque cardio-vasculaire majoré, indépendamment de leur niveau de PA. Nous avons rétrospectivement analysé les données métabolomiques en comparant les dippers aux non-dippers : un taux significativement plus élevé d’AGCC dans les selles des non-dippers par rapport aux dippers a été mesuré. La composition du MI ne différait pas entre les non-dippers et les dippers. Dans une troisième étude, nous nous sommes intéressés à l’aspect longitudinal de la composition du MI et de ses métabolites, en analysant leur évolution à 5 ans, en parallèle de l’évolution des niveaux de PA chez 16 de nos patients masculins recrutés lors de la première étude. Les compagnes/épouses ont également été incluses dans cette étude (n=10). De bonnes corrélations entre les niveaux de PA et l’entièreté du métabolome fécal ont été confirmées dans cette cohorte « mixte ». La teneur fécale était également plus élevée en AGCC chez les patients HT et non-dippers par rapport aux NT et dippers, respectivement. Il n’y avait pas de différence significative dans la composition du MI des patients après un suivi de 5 ans, malgré un changement de statut tensionnel pour certains d’entre eux. Ces observations suggèrent que les modifications d’ordre fonctionnel, telles que la production différentielle de certains métabolites, sont davantage impliquées dans l’homéostasie tensionnelle que les changements structurels du MI.

Grégory EHX - Prix de la Fondation Bekales (Leucémie)

Identification de cibles exploitables pour le développement d’immunothérapies contre la LMA

Chercheur qualifié F.R.S.-FNRS et chef du groupe Immunologie Translationnelle & Leucémie au sein du laboratoire d’Hématologie, Grégory Ehx consacre ses recherches à la compréhension des interactions entre cellules leucémiques et immunitaires. Ses travaux sur de nouvelles stratégies d’immunothérapie pour la leucémie myéloïde aiguë viennent d’être récompensés par le Prix de la Fondation Bekales.

La leucémie myéloïde aiguë (LMA) est une forme agressive de cancer du sang et la leucémie aiguë la plus fréquente chez l’adulte. Les recherches de Grégory Ehx visaient à identifier des peptides spécifiquement présentés par le complexe majeur d’histocompatibilité (CMH) des cellules leucémiques afin de développer un vaccin contre cette maladie. Ces travaux ont conduit à la création de BamQuery, un outil informatique permettant de détecter les peptides tumoraux les plus spécifiques. Grâce à une approche protéogénomique originale, 58 peptides immunogènes et largement partagés entre patients ont été identifiés, issus principalement de régions génomiques cryptiques telles que les introns, les rétroéléments endogènes ou les ARN non codants. L’équipe a également montré que l’agent hypométhylant azacitidine, utilisé en traitement de la LMA, augmente l’expression de ces rétroéléments mais induit en parallèle l’autophagie, limitant ainsi la présentation des peptides dérivés. Ces résultats suggèrent qu’un vaccin anti-leucémie devrait idéalement être combiné avec des inhibiteurs de l’autophagie pour maximiser son efficacité. Ensemble, ces découvertes ouvrent la voie à un nouveau type d’immunothérapie contre la LMA.

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